On a appris aujourd’hui la mort de Johnny Clegg: âgé de 66 ans, il souffrait depuis quelques années d’un cancer du pancréas, et avait lui-même programmé une tournée d’adieu…Cette disparition déborde du simple cadre de l’actualité musicale: au delà du métissage sonore qui l’a fait connaître, Johnny Clegg c’était surtout une manière d’envisager les rapports entre les humains qu’il a contribué à imposer dans un pays marqué par la ségrégation raciale…   La curiosité d’un jeune homme pour un univers musical qui n’est pas le sien, la rencontre avec une époque et un climat : c’est ainsi que l’on pourrait résumer le parcours du sud-africain Johnny Clegg.


Retour au début : né en 1953, fils d’un anglais et d’une mère dont la famille est originaire d’Europe de l’Est, Clegg grandit comme tous les petits garçons blancs d’Afrique du Sud, c’est-à-dire sans contact avec la population indigène noire. L’apartheid conditionne encore la vie de ce pays. Aucun contact avec la vie sociale et culturelle de l’autre communauté, scolarité séparée…Et pourtant le jeune garçon va s’intéresser à ces « autres » habitants de son pays, à leur culture, à leur musique. Malgré les interdits. Et vers la moitié des 70s, on le retrouve associé à un musicien zoulou, Sipho Mchuncu, dans un projet musical qui voit les deux hommes partager leurs références culturelles. Cette collaboration débouche sur la création du groupe Juluka. Et un premier album en 1979. Juluka va sortir, jusqu’en 1985, plusieurs albums jalonnant une carrière contrariée par la censure sud-africaine et le scandale que suscite ce groupe mixte.
Mchuncu quitte Juluka en 1985, Clegg poursuit avec un groupe renommé Savuka. Et en 1987 c’est le déclic. Juluka avait déjà réussi à dépasser les frontières sud-africaines, Savuka va rencontrer un énorme succès, en particulier dans les pays francophones d’Europe. Le moment est idéal : les oppositions à une apartheid qui finira par tomber (en 1991), et les campagnes pour la libération de Nelson Mandela se multiplient, cependant qu’un intérêt pour la World Music se marque de plus en plus dans le public occidental…Johnny Clegg et Savuka bénéficient pleinement de ce contexte favorable, des titres comme « Asimbonanga » ou « Scatterlings Of Africa » (ressortie d’une nouvelle version d’un morceau paru déjà à l’époque de Juluka) sont des tubes. « Scatterlings » figure dans la BO du film « Rain Man » en 1988, Renaud et Gainsbourg, en France, consacrent des chansons au « zoulou blanc », …

L’effet de mode sera de courte durée, mais Clegg va poursuivre une belle carrière, toujours en cours. Son dernier album en date est paru en 2010. La même année sort « Spirit Is The Journey », compilation réunissant des titres des deux groupes de Clegg.
Et, signe de la place qu’il s’est ménagée, « The Crossing »a figuré dans la BO de l’Invictus » de Clint Eastwood, film sur l’apartheid, et un titre de Clegg, « Ibola Lethu », a été choisi comme hymne de la Coupe du Monde de Football en Afrique du Sud, en 2010…