A quoi se mesure l’importance d’un artiste?.. Le moment de sa disparition apporte souvent une réponse à cette question. Scott Walker vient de disparaître, à l’âge de 76 ans. L’info n’a pas vraiment fait la une des bulletins d’infos: son nom n’évoquait pas le parcours d’une star. Par contre, les hommages de musiciens se sont multipliés, pour dire l’importance que Walker a eu pour eux, de Thom Yorke à Marc Almond, en passant par Anton Newcombe, David Sylvian, ou Midge Ure. L’ombre de ce musicien pourtant discret a toujours plané au dessus de parcours comme ceux d’Alex Turner, de The Auteurs, de Pulp, de Divine Comedy…

Scott Walker, en réalité Scott Engel est né physiquement dans l’Ohio. Il est né musicalement à New York, s’est enrichi artistiquement à Los Angeles, a connu le succès à Londres, et s’est définitivement installé dans la capitale anglaise, allant jusqu’à prendre la nationalité britannique. Scott Walker a connu les lumières du succès, au sein des Walker Brothers, au milieu des 60’s. Une sorte de réponse californienne au Beatles. Un succès qui va finir par encombrer Walker, entre passages tv, fans déchaînées, jeu du show-bizz…En 1967, il s’émancipe des Walker Brothers, et propose des créations nettement plus personnelles, et plus ambitieuses artistiquement. Un virage à 180°. Ses albums simplement intitulés « Scott », 1, 2, 3 et 4, rencontrent un bel accueil en Grande Bretagne. Les orchestrations sont élaborées, et Walker met sa voix particulière au service de compositions personnelles. Il entreprend aussi de faire connaître aux Britanniques, le répertoire de Jacques Brel . Un artiste qu’il admire, de même qu’il porte un grand intérêt à la culture francophone. Il communiquera cet intérêt à David Bowie. En anglais, les textes de Brel prennent vie grâce aux traductions de Mort Shuman.

Mais l’impact de ses productions va devenir progressivement plus confidentiel. Walker lui-même s’oriente vers une vie de plus en plus retirée. Pourtant, au fil des décennies, il continue à créer, à produire. Des albums parfois difficiles, volontiers expérimentaux, des bandes originales de films,… Ses deniers albums sont sortis chez 4AD, souvent difficiles d’accès. 

En 1981, alors après une reformation peu concluante des Walker Brothers au milieu des 70s, Julian Cope (Teardrop Explodes) entreprend de mettre en lumière le répertoire de Walker en publiant une compilation. La « jeune génération » montre son intérêt pour ce discret talent. On le trouvera à la coproduction d’un album de Pulp…Walker disparaît, et c’est une triste mais bonne occasion pour (re)découvrir son parcours discret et atypique…