Cinemusic – 1980, Times Square…

Posted: 29th janvier 2019 by leo in Non classé

Un film musical est souvent un bon moyen de rendre compte de l’atmosphère d’une période particulière…Témoignage reconstitué, comme « American Graffiti » dans lequel en 1973 George Lucas dresse le portrait de la jeunesse américaine du début des 60’s, ou témoignage contemporain de son sujet: c’est le but d’Alan Moyle quand il lance le projet de « Times Square », au tout début des 80’s, s’inspirant du journal intime d’une jeune fille vivant dans les rues. Moyle imagine de tracer le portrait de la génération de l’après-Punk, à New York, dans un Times Square encore « sauvage », qui n’a pas encore subi le « nettoyage » qui lui sera appliqué quelques années plus tard. Le point de départ est la rencontre de deux jeunes filles hospitalisées pour des problèmes de comportement. L’une d’elle est une rebelle farouche, passionnée de musique, l’autre vient d’une « bonne famille », elle est réservée…Elles deviennent amies, puis s’enfuient. Leur cavale est le fil rouge du film. Pour les incarner, deux très jeunes actrices, Robin Johnson, 15 ans, et Trini Alvarado, 13 ans.

Le projet intéresse Robert Stigwood, le spécialiste du film musical à l’époque, avec une série de cartons à son actif: « Saturday Night Fever » (’77), « Grease » (’78) et l’adaptation de « Sergent Pepper » (’78). C’est lui qui a relancé la carrière des Bee Gees, en les orientant vers le Disco. La concrétisation du projet sera l’objet de tiraillements entre Stigwood, producteur exécutif désireux de sortir un nouveau « Saturday Night Fever », et le réalisateur, Moyle, dont l’idée est de proposer un film plus pointu, ancré dans son sujet somme toute plutôt sérieux. L’antagonisme se manifeste au sujet de l’évocation de la relation lesbienne entre les deux filles. Moyle veut la décrire explicitement, Stigwood veut que le sujet soit édulcoré. Autre point de désaccord: la bande musicale. Moyle imagine une bande son reflètant les tendances du moment, le Punk et la New Wave, Stigwood lui impose des titres plus commerciaux, et notamment la présence de Robin Gibb. Ces désaccords aboutiront à une rupture entre les deux hommes, et à la sortie de la version la plus conforme aux désirs du producteur. Ces tensions ont-elles déforcé le film? Toujours est-il que le succès commercial ne sera pas énorme, et que les critiques l’évoqueront comme une tentative manquée…La bande originale, par contre, parue sous la forme d’un double album, sera un gros succès, apparaissant effectivement comme la bande son de l’époque, avec Cure, Gary Numan, XTC (un inédit), Pretenders, Ramones, Ruts, Patti Smith, et la présence d’une « figure » du Rock féminin, Suzi Quatro. Au fil des années, « Times Square » deviendra un film « culte ». Quant à Moyle, il réalisera dix ans plus tard un autre film musical, « Pump Up The Volume », avec Christian Slater. Avec une plus grande liberté…