Un nouveau single pour Mark Knopfler: il annonce l’arrivée en novembre du neuvième album solo de l’ex-leader de Dire Straits. Un groupe qui faisait son entrée sur la scène musicale il y a juste quarante ans. Une entrée en mode mineur, et assez décalée par rapport au contexte de l’époque, pour un groupe qui allait devenir un des plus importants de la première moitié des 80’s. 

Retour en 1977: c’est à ce moment que se situe la gestation du projet, à Londres. Mark Knopfler y a rejoint son frère David, qui l’héberge. Autre occupant des lieux: John Illsley. Les trois hommes ont comme point commun le même intérêt pour la musique. Et l’envie de créer un groupe. Ils s’adjoignent un batteur, Pick Withers, et se lancent…L’histoire est plutôt banale. Sauf qu’ils sont en décalage avec le contexte qui les entoure. Le tourbillon punk a changé pas mal de choses, et l’après-Punk est surtout animé par de fort jeunes musiciens désireux de réinventer les choses, en faisant table rase du passé…

Mark Knopfler et ses comparses ne sont pas précisément de jeunes pousses. Ils ne sont pas loin de la trentaine et ont déjà pas mal bourlingué dans le monde de la musique, entre Blues et Pub Rock. Et, surtout, ils n’ont pas envie de bouleverser les choses. Leur style est assez classique, centré sur le jeu de guitares, et ne laisse, au début, pas de place aux synthés qui vont faire les beaux jours de la New Wave naissante. Difficile de cette manière d’intéresser des responsables de labels plutôt à la recherche de talents inventifs, innovants, transgressifs. Trop sages, les gars de Dire Straits. Et pourtant: sur une démo qu’ils font circuler, un titre tombe dans l’oreille d’un animateur de la locale londonienne de la BBC. Qui la passe régulièrement sur antenne. Il s’agit d’une première version de « Sultans Of Swing ». Ca déclenche l’intérêt d’un label; un premier album sort en 1978 sur Vertigo, produit par le frère de Steve Winwood. 

L’impact de ce disque est moyen en Angleterre. Mais l »efficacité du single « Sultans Of Swing », nouvelle version, va opérer sur le Continent, avant de traverser l’Atlantique puis de connaître, enfin, un gros succès au Royaume-Uni. On est en 1979. Une dynamique s’est mise en place: elle va bénéficier au second album, « Communiqué » qui sort en juin ’79. A ce moment-là, Dire Straits et son style particulier, évoquant Dylan et le Folk Rock US, se sont fait une place dans le paysage musical. Mieux: ce statut nouveau va permettre à Knopler de pousser plus loin ses ambitions musicales. Avec « Making Movies », en 1980, il propose une musique plus élaborée, des morceaux qui se donnent le temps de développer leurs ambiances, comme « Tunnel Of Love » et ses 8 minutes. Une tendance qui s’accentue sur « Love Over Gold », en 1982: plus de 14 minutes pour « Telegraph Road », ou les 6 minutes du tube « Private Investigation ». Et malgré la sophistication des morceaux, le succès commercial est au rendez-vous. 

Succès commercial plus important encore en 1985 avec « Brothers In Arms », le disque de tous les records pour le groupe: entrée directe en tête dans les charts, records de ventes, enregistrement digital -le CD prend son envol-, et rafale de hit-singles: la plage titulaire, « So Far Away », « Walk Of Life », et « Money For Nothing », premier titre diffusé sur MTV Uk, participation au Live Aid…

Dire Straits est devenu énorme. Et c’est probablement ça qui précisément va précipiter sa fin. Knopfler expliquera sa désagréable impression d’être alors estimé plus comme phénomène commercial que pour la qualité de sa musique. Après la tournée qui suit la sortie de « Brothers In Arms », Dire Straits est mis en veilleuse. Knopfler se consacre à la composition de musique pour des films, et crée The Nothing Hillbillies, un groupe aux accents country. En 1991, un ultime album de Dire Straits ne connaîtra qu’un succès moyen. Rien de comparable avec celui des disques précédents. Le groupe s’éteint définitivement en 1996. En mars, Mark Knopfler sort un premier album solo. Le neuvième arrivera en novembre prochain…Une carrière au long cours, plus discrète que celle de Dire Straits, centrée sur l’expertise du musicien…