Formule « estivale » pour Each Day a Song: on voyage, et on découvre les scènes rock, mal connues, de divers pays. Après le Japon, cap sur la Tchéquie. Plus précisément la Tchécoslovaquie, puisqu’elle s’appelait encore ainsi quand le groupe Plastic People Of The Universe fit son apparition, à la fin des 60s…Un groupe dont le parcours est intimement lié à l’histoire politique de ce pays. Même si ses membres ont toujours simplement revendiqué le seul droit de produire leur musique…

Retour en arrière, et coup d’oeil sur le contexte: en 1968, la Tchécoslovaquie de Dubcek tente de se dégager de la lourde tutelle de Moscou, établie à la fin de la guerre en 1945. Ce qu’on a appelé le Printemps de Prague se termine brutalement, avec l’arrivée des chars soviétiques. La répression de tout mouvement protestataire est vive. Des intellectuels entrent en dissidence. C’est dans ce climat que naît Plastic People. A l’origine, un musicien, Milan Hlavsa, et un prof d’histoire de l’art en dissidence (et interdit d’enseignement), Ivan Jirous. Celui-ci fait office de « mentor » du groupe: à Hlavsa, déjà fant de Zappa et du Velvet Underground, il fait découvrir d’autres groupes des scènes rock et jazz américaines. Il faut imaginer à quel point les « Pays de l’Est » sont alors hermétiquement fermés à la culture occidentale, considérée comme décadente et révolutionnaire. Les groupes musicaux locaux doivent d’ailleurs recevoir une licence et rendre des comptes…Pas un contexte évident pour créer un groupe de Rock psychédélique comme le Plastic People…

Un troisième homme joue un rôle déterminant: Paul Wilson, un étudiant canadien venu étudier le Socialisme « sur le terrain », va aider le groupe à apprendre l’anglais, pour chanter des reprises et traduire ses propres chansons. Parce qu’à l’époque, on n’imaginait de vrai Rock que chanté en anglais. Wilson sera aussi pendant un certain temps chanteur de Plastic People…

Plastic People voit le jour en 1968. Avec un son élaboré, des la présence d’un violon, de cuivres, des influences psychés et Free Jazz, des titres longs, le groupe est clairement dans la lignée du Rock Underground. Underground, le groupe l’est aussi au sens premier. Sans « licence officielle », pas de concerts, pas de disque: le groupe se produit de manière « clandestine », et son premier album, enregistré lui aussi clandestinement, ne verra le jour qu’en 1974. Et ne sera pas distribué. Seuls circulent des enregistrements live. Les concerts sont régulièrement interrompus par les forces de l’ordre, et deux membres du groupe seront même envoyés en prison: Jirous, le penseur-manager, et Brabenec, le saxophoniste. Wilson est renvoyé au Canada. Motif: trouble de l’ordre public et activités subversives contre le régime.

Et là à nouveau le parcours du groupe rejoint la « grande histoire ». Ces arrestations, en 1976, provoquent une réaction d’intellectuels et de personnalités dissidentes, menés notamment par le dramaturge, et futur président, Vaclav Havel. C’est la création du groupe Charte 77, qui aboutira à la « Révolution de velours » de 1989. Plastic People poursuit malgré ces difficultés son aventure jusqu’en 1988. Et se reforme en 1997, pour le 20ème anniversaire de la Charte 77. Depuis lors, il a continué à se produire en concert et a sorti plusieurs albums. A noter que si à ses débuts le groupe utilisait l’anglais, il s’est progressivement tourné vers sa langue natale…Hlavsa et Jirous sont aujourd’hui décédés. Restent des temps héroïques Brabenek et le claviériste Janicek…

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