Avec deux singles, « 007 (Shanty Town) » en 1967, et surtout « Israelites » en 1968, Desmond Dekker ouvre la porte des charts internationaux aux productions jamaïcaines: c’est le point d’orgue d’un parcours entamé un peu par hasard quelques années plus tôt…

Retour au début de la décennie à Kingston…Les collègues d’un jeune soudeur d’une vingtaine d’années, Desmond Dacres, lui conseillent de tenter sa chance, vu la qualité de sa voix, du côté des maisons de disques du coin. Suivent démarches, et refus, jusqu’à la rencontre avec Leslie Kong. Ce Chinois installé en Jamaïque gère un restaurant et un magasin de disques. Après une rencontre avec Jimmy Cliff, alors débutant, il s’est mis en tête de travailler dans le domaine musical, comme producteur, et crée un label en 1961. Il va devenir un des producteurs les plus importants de l’île. Il lance la carrière de Cliff, publie le premier single de Bob Marley, et, lorsque Chris Blackwell créera Island, il s’associera au projet. Et ce Leslie Kong donne sa chance à Dacres, qui devient Dekker. Celui-ci s’entoure d’un quatuor vocal, The Aces, et sort des singles assez classiques, teinté de moralisme et de religion, qui fonctionnent bien dans l’île. En 1967, Desmond Dekker donne une dimension supplémentaire à ses productions: il s’inspire de l’univers des Rude Boys, ces jeunes gens en colère des quartiers pauvres. Dekker n’est pas lui-même un artiste « rude », mais en évoquant cet univers, il renforce son répertoire, et, précisément, c’est cet aspect qui lui vaut d’être de plus en plus apprécié en Angleterre. Ce qui explique que son « 007 » s’insère dans le top britannique. Il atteint la 15ème place: c’est la première fois qu’une production jamaïcaine réussit une telle performance. Dekker tourne, avec succès, en Angleterre. Mieux: en 1968, « Israelites » atteint la première place, et, surtout, atteint l’ensemble du continent européen et les Etats Unis. Il est 10ème du Billboard.

Dekker ne renouvellera pas ces performances. Il connaîtra encore quelques beaux succès (« It Mek » en ’69, « You Can Get It If You Want » en ’70), mais retombera lentement dans un certain anonymat, surtout après le décès de son mentor, Kong, en 1971. Anonymat dont il ressortira à l’occasion de la période qui suit l’effervescence punk et du revival Ska de 1979: il intègre le label Stiff, et sort un album, « Black & Dekker », sur lequel il propose de nouvelles versions de titres anciens, accompagné des Rumours, le groupe de Graham Parker. Autre retour sur le devant de la scène au cours des 90s, quand « Israelites » sert de bande son pour une pub de Maxell. C’est d’ailleurs le placement du titre dans des pubs ou des bandes originales de film qui a permis que ce titre paraisse familier même pour des générations actuelles. Desmond Dekker n’a jamais arrêté son parcours de musicien, continuant à tourner jusqu’à son décès en 2006…

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