The Shaggs – Elles sont de retour…

Posted: 20th février 2017 by leo in 60s

Surprenante annonce: celle de la présence des Shaggs à l’affiche de la prochaine édition du Solid Sound Festival, au Massassuchets, aux côtés de gens comme Kurt Vile ou Television. Première apparition en live depuis 1999 pour de groupe né en 1968, et disparu en 1975…Un groupe pas comme les autres. Et ce n’est pas là une formule creuse: le parcours de The Shaggs ne ressemble à aucun autre…

Retour dans les 60s, dans une localité du New Hampshire: Austin Wiggins est persuadé que ses filles se feront un nom dans le monde musical. C’est sa mère qui lui a fait cette prédiction en lisant les lignes de sa main. Donc c’est dit. Il a des filles, bon début. Il leur fait apprendre la musique dans le garage familial. C’est là que les choses ne se passent pas comme prévu: Betty, Dot et Helen (plus tard rejointes par leur jeune soeur Rachel) n’ont manifestement aucune prédisposition pour la musique. Ca s’entend clairement. Pas pour Austin: sa vieille mère l’a prédit, le groupe de ses filles fera parler de lui. Donc on continue. Et de toute évidence, les filles n’osent guère s’opposer aux décisions de leur père. Les filles se produisent sur scène dans leur localité de Fremont, et Austin Wiggins leur finance l’enregistrement d’un disque, en 1969. « Philosophy Of The World » est une sorte de catastrophe musicale…Les chansons parlent de la perte d’un chat ou de l’envie de conduire une voiture de sport. Un millier d’exemplaires sont pressés, le distributeur, effondré devant le résultat, les laisse à la famille et se retire de l’aventure. Le disque circule un peu, sans grand succès. Forcément. Et tout aurait pu s’arrêter là. 

Là où les choses prennent une tournure plus inattendue encore, c’est quand -on ne sait trop comment- Frank Zappa tombe sur ce disque. Et lui trouve mille qualités: Zappa fait partie de ces musiciens aventureux qui remettent en cause les codes conventionnels de la musique. Et là, « Philosophy Of The World » est une fameuse remise en question. Peu importe que ce soit involontaire…Zappa, et des collègues comme Captain Beefheart, font connaître ce disque qui rapidement acquiert un statut d’objet culte. D’autant qu’il n’a été pressé qu’à mille exemplaires. Au fil des ans, cet engouement va donner lieu à des rééditions, on évoquera le côté précurseur du disque, en particulier quand, à la fin des 70s, les vagues punk et post punk vont mettre à l’honneur les attitudes iconoclastes par rapport aux anciennes conventions. Et ainsi, on continue à parler de ce groupe, il fait son entrée dans les dictionnaires du Rock. Il s’installe dans l’imaginaire américain, on l’évoque au cinéma (Empire Records), dans des séries (Gilmore Girls), au théâtre…Kurt Cobain, dans les 90s, le classe en cinquième position dans ses albums préférés…Les filles Wiggins ont, de leur côté, rapidement mis fin à cette boiteuse aventure, à la mort de leur père en 1975…Finalement, la prédiction de leur grand’mère était bien exacte: les filles d’Austin Wiggins ont fait parler d’elles dans l’univers musical. Même si c’est par une trajectoire peu classique…Et c’est quand même assez troublant…

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