Une nouvelle disparition dans l’univers musical: Jaki Liebezeit est mort à l’âge de 78 ans. L’Allemand n’est pas une « star », mais il a été un des acteurs de la scène rock qui a, à son époque et à son niveau, joué un rôle important pour l’évolution des sonorités. Batteur au sein de Can, dès la fin des 60s, il a initié  un nouvel univers rythmique qui par la suite a nourri de nombreux autres parcours, et que de jeunes groupes aujourd’hui encore prennent comme point de référence…

Retour vers la seconde moitié des 60s. Le Rock se cherche de nouveaux terrains à explorer. La spontanéité basique héritée du Rock’n Roll laisse la place à de nouvelles démarches. Des gens comme les Beatles ou Brian Wilson ouvrent de nouvelles perspectives.  Du côté de l’Allemagne de l’Ouest, une scène nouvelle se met en place, en marge des courants dominants anglo-américains. De jeunes groupes naissent autour d’une remise en question des diktats du Blues et du Rock. Autre point commun entre eux: l’importance accordée aux claviers, en particulier au synthés qui se développent rapidement. Du côté de l’Angleterre, on découvre ce nouveau courant, et on le dénomme, en forme de clin d’oeil, Krautrock. Parmi les acteurs principaux, des groupes de musique « planante », Tangerine Dream, Klaus Schulze,…et des groupes au son plus « agité », Neu, le Kraftwerk première époque, La Dusseldorf et Can. 

La démarche de Can est dès le départ artistique et intellectuelle: à l’origine du projet, deux musiciens de formation classique ouverts aux courants contemporains, Irmin Schmidt (claviers) et Holger Czucay (basse). Ils ont notamment suivi l’enseignement de Stockhausen. Un troisième homme, Michael Karoli (guitare), les entraîne vers l’univers du Rock. Quant au batteur, Liebezeit, il vient de l’univers du Free Jazz. Le groupe CAN (pour « Communism Anarchism Nihilism ») nait en 1967, à Cologne. Il va rapidement imposer sa marque de fabrique: des enregistrements qui laissent la place à une bonne dose d’improvisation, le travail de remontage en studio de Czukay, une part expérimentale importante,…Dans ce système, la batterie de Jaki Liebezeit est déterminante: son jeu métronomique laisse aux autres l’espace nécessaire pour développer leurs improvisations. C’est cette rythmique répétitive, qu’on désignera sous le nom de « motorik beat », qui va faire école et qui donne à Liebezeit une place à part dans l’évolution des sonorités rock. Ce rythme, qui créée une sorte de phénomène de transe, de perte de la temporalité, s’accorde particulièrement aux créations nourries de Psyche, et va faire l’objet de nombreux emprunts par la suite. On pense au Post Punk (Buzzcocks, Wire, Joy Division, Simple Minds,…), au Bowie de la période berlinoise, au mouvement Shoegaze, à la scène de « Madchester »,  aux musiques électroniques, au Post Rock. Depuis quelques années, les références avouées au Krautrock sont de plus en plus nombreuses de la part de jeunes groupes, Toy, Yak, DIIV, Telegram, Unknown Mortal Orchestra,… ce n’est pas un hasard si le morceau qui a fait connaître Toy en 2012 s’intitulait « Motoring »…

L’aventure de Can s’achève après un onzième album, en 1979. Et chacun des membres du groupe s’en va vers de nouvelles aventures. Pour Liebezeit, elles passeront par des collaborations avec Jah Wobble (PIL), Bill Laswell, Brian Eno (l’album « Before and After Science »), Depeche Mode (l’album « Ultra »),…Liebezeit devait participer avec Schmidt, Mooney (premier chanteur du groupe) et Thurston Moore (Sonic Youth) à une « reformation » au cours de ce printemps pour le 50ème anniversaire de la création du groupe…

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