Retours en pagaille cette année encore. Il semble que toute une génération, celle de la seconde moitié des 80s, et des 90s, se soit donné le mot pour reprendre le chemin des studios. Des retours plus ou moins réussis, mais toujours intéressants…Parmi ces retours, celui de De La Soul, particulièrement enthousiasmant. La sortie du dernier véritable album du trio remonte à 2004. Depuis lors, le groupe s’était fait discret. Toujours actif -la bande son de la série TV « Mission impossible », une collaboration avec Damon Albarn au sein de Gorillaz,…- mais peu médiatisé. D’autant que des soucis de labels et de droits entravait leur présence sur des diffuseurs comme I Tunes. En février 2014, le trio lançait une opération peu courante: il proposait le téléchargement gratuit de tout son répertoire, via son site, pendant une période de 25 heures. Un « coup » qui redonnait de la visibilité à De La Soul, et qui lançait des rumeurs d’enregistrement d’un nouvel album. En 2015, confirmation de cette info: le groupe mettait en place une opération de crowd funding pour financer ces nouveaux enregistrements. Et rencontrait un succès dépassant nettement ses espoirs. Cet album, on le découvrira en août. Son titre: « And The Anonymous Nobody ». 17 titres, un produit soigné dans ses moindres détails (notamment le graphisme qui l’accompagne), et quelques invités prestigieux: Damon Albarn, David Byrne, Usher, ou encore Snoop Dogg que l’on retrouve sur le premier single, « Pain ». Single séduisant, et de bon augure: le trio a conservé les qualités qui le caractérisent: un Hip Hop positif, décontracté et assez irrésistible.

Un style que le trio new yorkais, à l’époque étudiants, avaient déjà mis en place en créant De La Soul en 1988. Retour en arrière: ils réalisent la maquette d’un morceau, un producteur, Prince Paul, est intéressé, et travaille avec eux sur un album qui paraît au cours du printemps 1989. Un album qui se distingue nettement de la tendance dominante du Rap de l’époque, le plus souvent agressif voire violent.
Dans ce contexte, De La Soul propose un disque qui fait figure d’Ovni…La pochette est colorée, le style est varié, imaginatif, puisant dans le Hip Hop, avec de nombreux samples, des dialogues, des bruitages, intégrant des éléments de jazz, de pop, de psyché…
Le contenu et les textes laissent une impression positive, on y parle de paix et d’amour. Clairement, De La Soul met à l’honneur les codes de la « Zulu Nation », une notion lancée au cours des 70s par Afrika Bambataa qui voulait rassembler, dans les quartiers difficiles de New York, les individus désireux de s’opposer à la violence ambiante, aux gangs, et d’exprimer cette position par la musique et le graffiti, dans le cadre de l’univers Hip Hop.
Les trois membres de De La Soul ne ressemblent pas à l’image du rappeur traditionnel, et portent des chemises colorées.
Le succès de ce Lp est considérable (il est disque de platine) et intéresse un public plus large que les seuls amateurs de Rap et de Dance. Pour preuve, il se retrouve disque de l’année du magazine NME. Du côté des critiques spécialisés, l’adhésion est unanime, et cet album influencera d’autres groupes, A Tribe Called Quest, PM Dawn, Deeelite et le courant Acid Jazz.

de la soul