Si je vous dis qu’il va être question d’un groupe qui tire une part de son inspiration de la spiritualité hindoue, qui mêle à des instruments « classiques » de l’univers rock des sonorités indiennes, qui propose sur son premier album un titre en sanskrit, vous imaginez certainement que je vous emmène du côté du Psyché de la toute fin des 60s. Et non, en fait: avec Kula Shaker, nous sommes au milieu des 90s, en pleine période Britpop…Et l’intérêt de ce groupe était précisément, avec ces influences indiennes, de proposer une intéressante rencontre entre  celles-ci et le Rock de son époque. Un peu à la manière des Beatles, de George Harrison en particulier, vingt cinq ans plus tôt. Au départ de cette démarche, le Londonien Crispian Miller. En 1993, il part pour l’Inde, où il passe plusieurs mois, à la découverte des spiritualités du pays. Un engagement personnel fort. De retour en Angleterre, il reprend un parcours musical qu’il a entamé depuis plusieurs années déjà. Et décide de faire coïncider son engagement spirituel et sa démarche musicale: Kula Shaker, la dénomination qu’il donne à son nouveau groupe, en 1995, vient du nom d’une figure importante de l’histoire du mouvement Hare Krishna. Sonorités empruntées à la musique indienne, influence de la vague californienne psyché de la fin des 60s: Kula Shaker propose un son original dans le paysage Britpop. Et, fin 1995, est le co lauréat d’un concours (avec Placebo) qui lui permet de décrocher un contrat avec Columbia. Tout va assez vite: un succès modéré (« Grateful When You’re Dead »), puis un top 4 anglais (« Tattva ») ouvrent la voie pour un premier album en octobre ’96, un disque qui atteint directement la première place du top britannique. Un début en fanfare qui rappelle, à la grande satisfaction de Columbia, celui du « Definitively Maybe » d’Oasis…La renommée du groupe s’étend au continent européen. Dans la foulée sortent « Govinda », un titre en sanskrit déjà interprété au début des 70s par George Harrison et un groupe Hare Krishna, et « Hush », reprise d’un ancien succès de Billy Joe Royal, en 1968 (repris aussi à l’époque par Deep Purple). Ce qui permet de constater l’apport personnel du groupe Kula Shaker: on est loin de la reprise « papier carbone ».

L’entrée en scène de Kula Shaker a été spectaculaire. Un parcours jusque là parfait qui va pourtant connaître des accrocs: des problèmes de management et une polémique dans la presse (des malentendus au sujet de propos maladroits qu’aurait tenu Miller au sujet de la Svastika hindoue et de son utilisation par les nazis) retardent la sortie du second album. Et font perdre au groupe le bénéfice d’un effet d’entraînement…Un single en avril  ’98 annonce un album qui ne sortira qu’en février ’99. La dynamique est enrayée. Et en septembre le groupe annonce qu’il met fin à son aventure. Chacun part de son côté. Le bassiste Bevan et le batteur Winterhart  participent à des projets peu fructueux, Darlington, le claviériste, a plus de chance: il intègre Oasis.

Kula Shaker connaîtra une seconde vie: en 2006, dans le cadre d’une opération de soutien à une école californienne liée au mouvement Krishna, Miller produit un disque pour lequel il reforme, le temps d’un enregistrement, Kula Shaker. Et ce qui était temporaire se transforme en une reformation plus durable. Qui a déjà abouti à l’enregistrement de deux nouveaux albums, en 2007 et 2010. Le second est produit dans un studio que Bevan a créé dans les Ardennes belges…Le punch et la créativité sont intacts, et le registre musical s’est élargi…Un retour positivement accueilli, et pourtant les Anglais ne saisissent pas vraiment l’opportunité qui s’offre à eux: une tournée annoncée est reportée, et c’est le début d’un nouveau long silence interrompu, seulement par une ressortie « anniversaire » du premier album.

C’est dès lors une nouvelle opération « retour » qu’a entamée le groupe il y a quelques jours, en septembre, avec l’annonce de la sortie d’un nouvel album en 2016, « Eclipse », et d’une tournée européenne qui accompagnera cette sortie. A suivre, donc…

kula shkr