Gentle Giant – Les trois frères…

Posted: 27th juillet 2015 by leo in 70s

Petit coup d’oeil sur la trajectoire suivie par les frères Shulman, un parcours fort représentatif de l’évolution du paysage Rock entre le milieu des 60s et le début de la décennie suivante. Une volonté de s’affranchir de codes trop étroits, de se permettre de nouvelles explorations et de se doter d’un statut plus ambitieux: un chemin ouvert par des productions comme le « Sergent Pepper » des Beatles, l’apparition de concept-albums, et du Progressive. Les Shulman commencent avec un groupe de Rythm’n Blues assez classique, se cherchent en marge du courant Psyche, puis créent Gentle Giant, un groupe au style particulièrement exigeant…

Retour aux débuts: Phil, Derek et Ray Shulman, des Ecossais dont la famille s’est installée en Angleterre, et nantis d’une solide formation musicale (les trois jouent de plusieurs instruments), se lancent dans l’aventure avec un groupe dénommé Simon Dupree & The Big Sound. Ils proposent un Rythm’n Blues teinté de Soul et de Pop assez classique. Sans grand retentissement, au grand dam du label EMI qui les a signés. En 1967, « Kites », un titre teinté de Psyche -une orientation que leur impose leur label- fait un beau chemin dans les charts. Sans lendemain. Fin de l’épisode « Simon Dupree ». Suit un énigmatique single, « We Are The Moles » proposé sous le tout aussi énigmatique de  The Moles. Certains pensent que c’est un single anonyme des Beatles. 

Après ce coup isolé, les trois frères décident de réorienter complètement leur parcours, en s’insérant dans le tout nouveau courant Progressif. Ils veulent proposer des productions à la hauteur de les compétences -et ambitions- musicales. Ils s’adjoignent plusieurs musiciens, parmi lesquels le claviériste Kerry Minnear. Point commun de ces musiciens avec les Shulman: ils sont forts d’une excellente formation musicale, expérimentés et polyvalents…le premier album de ce nouveau groupe, Gentle Giant, sort en 1970. Suivi en ’71 par « Acquiring The Taste ». Au menu, un original cocktail de Rock teinté de Jazz, de Heavy, incluant des éléments Folk et des apports de la musique du Moyen Age et de la Renaissance. Au niveau des textes, pas mal de références littéraires. Tout celà est sophistiqué, alambiqué, volontiers expérimental et clairement ambitieux. Parfois difficile d’accès… Sur la pochette de l’album de 1971, Phil Shulman est clair: « notre but est de repousser les limites de la musique populaire contemporaine, au risque d’être impopulaires »…Parti-pris élitiste, qui convient assez bien à ce que propose Gentle Giant. Le groupe ne vise pas un public très large: il gagnera l’intérêt d’une audience fidèle, curieuse, et sa renommée sera celle d’un groupe culte, à découvrir. Dès 1973, Gentle Giant s’est ménagé une place dans le paysage Rock. Les Anglais tournent avec Jethro Tull, avec Yes (Roger Dean, illustrateur attitré de ce groupe réalise la pochette de leur « Octopus », en 1972). Et se construisent une belle audience aux Etats Unis. Au milieu des 70s, Gentle Giant va commencer à être partagé entre ses ambitions artistiques et l’envie de garder une belle visibilité aux USA. De simplement continuer à exister, aussi, dans un univers musical dans lequel le Prog Rock perd du terrain: l’épisode Punk s’annonce, le Rock alambiqué fait de moins en moins recette…C’est dans ce contexte que Gentle Giant va sortir quelques albums encore, jusqu’en 1980. L’année au cours de laquelle ils mettent fin à l’aventure de Gentle Giant.

Deux des frères Shulman vont poursuivre autrement leur parcours musical. Derek va travailler « de l’autre côté », au niveau des cadres de l’édition musicale, chez Polygram, Mercury, Roadrunner Records…Ray va passer de l’autre côté de la table de mixage, travaillant avec Echo & The Bunnymen, The Sundays, ou The Sugarcubes, le premier groupe de Björk…

gentle giant

Simon Dupree & The Big Sound – « I See The Light » (66) – « Kites » (67)

The Moles – « We Are The Moles » (68)

Gentle Giant – « Funny Ways » (70) – « Black Cat » (71) – « The Advent Of Panurge » (live ’74)

« The Power & The Glory » (74) — « I’m Turning Around » (live ’78)